29 septembre 2026AIssential

L'IA rapporte-t-elle aux entreprises françaises ? Ce qui est mesuré en 2026

Deux entreprises sur trois utilisent l'IA générative. Une sur cinq y voit un gain de productivité. Les mêmes enquêtes disent où ce gain apparaît.

En bref — points clés
  • Début 2026, 67 % des entreprises françaises de 20 salariés et plus utilisent l'IA générative, et 22 % constatent un gain de productivité, soit 31 % de celles qui l'utilisent (Banque de France, environ 7 000 entreprises). La Banque de France écrit que les effets observés « demeurent limités ».
  • Ces chiffres sont des déclarations de dirigeants. Aucune étude ne mesure, sur des comptes d'entreprise, ce que l'IA générative rapporte en France.
  • La seule mesure française faite sur des comptes porte sur l'IA d'avant 2021 : les ventes et l'emploi augmentent d'environ 5 % après l'adoption, dans 232 entreprises plus grandes que la moyenne (Aghion, Bunel, Jaravel et coauteurs, 2025).
  • 74 % des entreprises utilisatrices se servent de l'IA d'abord dans l'administration, la comptabilité, le marketing ou les ressources humaines. 14 % s'en servent d'abord dans leur production.
  • En Europe, aucun effet ne se mesure sous 50 salariés. Il apparaît de 50 à 249 salariés, à environ 4 %, et il double au-delà de 250 (Banque européenne d'investissement, 2026, plus de 12 000 entreprises).
  • En France, sur des données de 2018, le gain résiste à l'examen dans les entreprises qui ont développé leur IA elles-mêmes. Il ne résiste pas dans celles qui l'ont achetée à un prestataire (Calvino et Fontanelli).

Début 2026, deux entreprises françaises sur trois utilisent l'IA générative. Une sur cinq dit en tirer un gain de productivité. La mesure vient de la Banque de France, qui a interrogé environ 7 000 entreprises, et qui conclut que les effets observés « demeurent limités ».

L'IA rapporte donc à une minorité, pour l'instant. Les mêmes études montrent où le gain apparaît. Il apparaît quand l'IA entre dans le travail que le client paie, dans les entreprises d'au moins 50 salariés, et dans celles qui gardent la main sur leur outil.

Ce qui est mesuréRésultatSource
Entreprises qui utilisent l'IA générative67 %Banque de France, début 2026, 20 salariés et plus
Entreprises qui constatent un gain de productivité22 %, soit 31 % des utilisatricesBanque de France, début 2026
Utilisatrices qui jugent ce gain « significatif »6 %Banque de France, début 2026
Dirigeants de TPE-PME qui voient un effet sur leur chiffre d'affaires8 %Bpifrance Le Lab – Rexecode, avril 2026
Ventes après l'adoption, mesurées sur les comptesenviron +5 %Aghion et coauteurs, 2025, IA d'avant 2021
Productivité selon la tailleaucun effet sous 50 salariés, environ +4 % de 50 à 249Banque européenne d'investissement, 2026

Ce que disent les dirigeants

Du 25 février au 3 avril 2026, la Banque de France a interrogé environ 7 000 entreprises de 20 salariés et plus, dans l'industrie, le bâtiment et les services. Le commerce n'en fait pas partie.

67 % déclarent utiliser l'IA générative, et la Banque de France précise que cet usage est « principalement limité ou expérimental ». Parmi elles, 31 % constatent un gain de productivité. Rapporté à toutes les entreprises interrogées, cela fait 22 %. Et 6 % des utilisatrices jugent ce gain significatif.

« Une minorité des entreprises utilisant les technologies d'IA constate des gains de productivité : 31 % chez les utilisatrices de l'IA générative, 41 % pour celles de l'IA non générative. »

L'IA non générative est celle qui prévoit et qui classe, à partir des données de l'entreprise. Elle est moins répandue, puisqu'un tiers des entreprises environ l'utilisent, et elle rapporte plus souvent.

Sur l'emploi et sur les prix, l'effet est faible. En solde, 2 % des utilisatrices d'IA générative lui attribuent une baisse de leurs effectifs. Pour les prix de vente, 4 % constatent une hausse et 1 % une baisse.

Bpifrance a posé une question proche à 1 128 dirigeants de TPE et de PME en avril 2026. 43 % voient un effet sur la productivité de leurs salariés. 8 % en voient un sur leur chiffre d'affaires. Les deux enquêtes n'interrogent pas les mêmes entreprises, et leurs chiffres ne se comparent pas un à un. Elles vont dans le même sens : le gain se voit dans le temps passé, et très peu dans les ventes.

Les dirigeants restent confiants. 60 % des entreprises qui utilisent l'IA ou prévoient de l'utiliser en attendent un gain de productivité dans les trois ans.

Ce que disent les comptes

Une déclaration se trompe parfois de sens. Seize développeurs expérimentés estimaient avoir gagné 20 % de temps avec l'IA. Mesuré, ils en avaient perdu 19 % (METR, 2025). Nous tenons cette étude et ses limites dans notre registre des preuves.

En France, une seule étude mesure l'effet de l'IA sur les comptes des entreprises. Philippe Aghion, Simon Bunel, Xavier Jaravel et leurs coauteurs ont rapproché l'enquête de l'INSEE et les données administratives de 232 entreprises qui ont adopté l'IA entre 2017 et 2020. Ils les ont comparées à 636 entreprises qui ne l'avaient pas adoptée. Après l'adoption, les ventes et l'emploi augmentent tous les deux d'environ 5 %.

Cette mesure a trois limites. L'IA étudiée est celle d'avant ChatGPT, et les auteurs écrivent qu'ils ne couvrent pas l'IA générative. Les entreprises qui adoptent étaient, selon eux, « beaucoup plus grandes et plus productives » que les autres avant d'adopter. Enfin, les ventes et l'emploi montent ensemble, donc les ventes par salarié ne bougent pas. Cette dernière lecture est la nôtre. Les auteurs concluent de leur côté à un gain de productivité.

À l'échelle de la zone euro, la Banque centrale européenne a comparé la productivité des entreprises qui utilisent l'IA et de celles qui ne l'utilisent pas, sur environ 6 000 entreprises de douze pays. En moyenne, elle ne trouve aucune différence significative. Elle en trouve une dans l'informatique et dans la recherche.

L'IA s'est installée à côté du métier

74 % des entreprises utilisatrices se servent de l'IA d'abord dans les fonctions support : l'administration, la comptabilité, le marketing, les ressources humaines. 14 % s'en servent d'abord dans leur production. La Banque de France décrit des usages « de rédaction, de synthèse d'information et de préparation de documents ».

Ces usages font gagner du temps à celui qui écrit. Ils ne changent pas le délai d'un devis, ni le nombre de dossiers qui sortent dans le mois. Le temps gagné repart dans le reste de la semaine, et il n'arrive pas jusqu'aux ventes. C'est notre lecture.

La Banque de France en propose une autre, qui s'y ajoute. Pendant quelques années, les économies permises par l'IA pourraient être absorbées par ce qu'il faut dépenser pour l'adopter et pour réorganiser le travail autour d'elle.

Le baromètre France Num mesure le même écart d'une autre façon. 26 % des entreprises utilisent l'IA, et 1 % la citent comme l'outil avec lequel elles exploitent leurs données. Nous l'avons détaillé dans 26 % utilisent l'IA, 1 % l'ont mise au travail.

Sous 50 salariés, aucun effet ne se mesure

La Banque européenne d'investissement a rapproché son enquête annuelle et les comptes de plus de 12 000 entreprises. En moyenne, l'adoption de l'IA augmente la productivité du travail de 4 %. Le résultat change avec la taille.

Taille de l'entrepriseCoefficient mesuréCe qu'il veut dire
5 à 9 salariés−0,059aucun effet mesurable
10 à 49 salariés−0,041aucun effet mesurable
50 à 249 salariés+0,040environ 4 % de productivité en plus, au seuil de confiance le plus large
250 salariés et plus+0,079environ 8 % de productivité en plus, au seuil le plus strict

L'effet apparaît à partir de 50 salariés, et il double au-delà de 250.

L'INSEE donne la raison la plus probable, quand il explique l'écart d'usage entre petites et grandes entreprises par les « coûts fixes d'adoption ». Ce qu'il faut dépenser pour commencer ne dépend pas de la taille de l'entreprise. Le nombre de dossiers sur lesquels on amortit cette dépense en dépend.

Cette étude a deux limites. Elle est européenne, et elle ne donne aucun résultat pour la France seule. Et elle compte comme IA « l'analyse de données massives et l'IA », ce qui est plus large que l'IA générative.

Le gain va aux entreprises qui gardent la main sur leur outil

Flavio Calvino et Luca Fontanelli ont repris l'enquête de l'INSEE sur l'usage de l'IA en 2018, auprès d'environ 9 000 entreprises françaises de 10 salariés et plus. Ils ont séparé deux groupes. Les premières ont acheté leur IA à un prestataire, toute faite ou sur mesure. Les secondes l'ont développée elles-mêmes.

Dans le premier groupe, le lien avec la productivité disparaît quand on tient compte d'un fait : ces entreprises étaient déjà plus productives avant. Dans le second, il reste positif.

Les auteurs l'expliquent ainsi. Une entreprise qui développe son outil l'ajuste à ses besoins, l'intègre à son organisation, et le modifie d'après les retours de ceux qui s'en servent. C'est leur interprétation, et ils ne la testent pas.

Ces trois choses tiennent à la place que l'entreprise garde dans l'outil. Les règles de la maison sont écrites par ceux qui font le travail, et quelqu'un de chez vous peut en changer une sans rappeler personne. C'est notre lecture. Avant de signer avec un prestataire, posez-lui la question : dans six mois, qui chez vous modifiera une règle du logiciel, et comment ?

Cette étude a trois limites. Les données datent de 2018 et portent sur l'IA qui prévoit et qui classe. L'étude range dans le même groupe l'outil acheté tout fait et l'outil fait sur mesure, donc elle ne dit rien de chacun pris seul. Et nous avons lu le document de travail, parce que la version parue dans Research Policy est payante.

Ceux qui vendent l'IA gagnent-ils de l'argent ?

Oui, et d'abord auprès des grandes entreprises. Chez Wavestone, les projets liés à l'IA font 17 % du chiffre d'affaires de l'exercice 2025/26, contre 8 % un an plus tôt. Le chiffre d'affaires total a augmenté de 1 %. D'après notre calcul sur ces chiffres, le reste de l'activité a reculé d'environ 9 %.

Chez Capgemini, l'IA générative représente plus de 8 % des prises de commandes de 2025 dans le monde, et le chiffre d'affaires en France a baissé de 4,1 %. Numeum, le syndicat du secteur, mesure pour 2025 un recul de 1,8 % du marché des entreprises de services du numérique en France.

L'IA a donc pris la place d'autres projets plus qu'elle ne s'y est ajoutée. Et aucune source ne mesure ce qu'une PME française dépense pour faire entrer l'IA dans son travail.

Ce que ces mesures ne disent pas

  • Aucune étude ne mesure sur des comptes d'entreprise ce que l'IA générative rapporte en France.
  • Aucune source française ne mesure l'effet de l'IA sur la marge ou sur les coûts.
  • Les taux d'usage vont de 18 % à 67 % selon l'enquête, parce que les questions et les entreprises interrogées diffèrent. Toute part calculée « parmi les utilisatrices » en dépend. Nous avons comparé ces enquêtes dans combien d'entreprises françaises utilisent l'IA.
  • Les effets mesurés sur des comptes portent sur des entreprises plus grandes que la plupart des PME.

Trois questions à se poser chez soi

Où est l'IA chez vous ? Si elle sert à écrire des e-mails et des comptes rendus, elle fait gagner du temps à ceux qui écrivent. Pour que le gain se voie dans les comptes, elle doit entrer dans un travail que le client paie, comme un devis, un dossier ou un rapport.

Combien de fois ce travail revient-il ? La dépense de départ est la même pour tous. Un travail qui revient dix fois par mois l'amortit. Un travail qui revient deux fois par an ne l'amortit pas.

Qui modifiera une règle dans six mois ? Si vous devez rappeler le prestataire, vous avez acheté un outil. Si quelqu'un de chez vous le fait, vous l'avez gardé en main.

Si vous ne savez pas par quel travail commencer, décrivez-nous ceux qui reviennent chez vous. Cela prend cinq minutes. Nous vous répondons personnellement, par écrit, sous 48 heures ouvrées.

Par où commencer ? Décrire mes travaux →

Les sources

  • Banque de France, « L'IA s'installe dans les entreprises françaises : une diffusion rapide, mais des gains de productivité encore limités », Bulletin de la Banque de France n° 266/1, septembre-octobre 2026. Environ 7 000 entreprises de 20 salariés et plus, industrie manufacturière, bâtiment et services marchands non financiers hors commerce, enquête du 25 février au 3 avril 2026. Lire le bulletin.
  • Bpifrance Le Lab – Rexecode, focus IA du baromètre TPE-PME, juin 2026. 1 128 entreprises de 1 à 249 salariés, terrain du 13 au 26 avril 2026.
  • Aghion P., Bunel S., Jaravel X., Mikaelsen T., Roulet A. et Søgaard J., « How different uses of AI shape labor demand: evidence from France », AEA Papers and Proceedings 115, 2025. 232 entreprises adoptantes et 636 non adoptantes, de 2014 à 2022. Lire la version acceptée.
  • Banque centrale européenne, Ferrando A., Lamboglia S., Rariga J. et Schmidt M., « Adoption and investment in AI across the euro area », Occasional Paper n° 395, décembre 2025. Environ 6 000 entreprises de douze pays. Lire l'étude.
  • Banque européenne d'investissement, Aldasoro I., Gambacorta L., Pal R., Revoltella D., Weiss C. et Wolski M., « AI adoption, productivity and employment: evidence from European firms », Economics Working Paper 2026/02. Plus de 12 000 entreprises, tableau 5 pour les résultats par taille. Lire l'étude.
  • Calvino F. et Fontanelli L., « AI users are not all alike: the characteristics of French firms buying and developing AI », CESifo Working Paper n° 11466, 2024, paru dans Research Policy en 2026. Lire le document de travail.
  • Wavestone, chiffre d'affaires du quatrième trimestre 2025/26, 30 avril 2026. Capgemini, résultats de l'année 2025, 13 février 2026. Numeum, bilan 2025 du marché du numérique, 18 décembre 2025.
  • INSEE, Insee Première n° 2120, enquête sur les technologies de l'information dans les entreprises en 2025. Direction générale des entreprises, Baromètre France Num 2025, 11 021 entreprises.

Nous avons ouvert chacune de ces sources et relu chaque chiffre dans le document. Si vous en trouvez un qui ne s'y trouve pas, écrivez-nous.

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Dernière mise à jour : 29 septembre 2026