Combien d'entreprises françaises utilisent l'IA ?
Quatre enquêtes officielles répondent 18 %, 26 %, 55 % et 23 %. Aucune ne se trompe.
- Quatre enquêtes françaises de la même période donnent quatre taux d'adoption de l'IA : 18 % (INSEE), 26 % (France Num), 55 % (Bpifrance) et 23 % (Banque de France). Les quatre sont exactes, et elles posent quatre questions différentes.
- Le chiffre à retenir n'est pas un total mais une déclinaison par taille : 15 % des entreprises de moins de 50 salariés, 31 % de 50 à 249, 58 % au-dessus de 250 (INSEE, enquête TIC 2025, 11 000 entreprises).
- Eurostat retrouve ces trois chiffres à la décimale près avec un autre instrument : 15,0 / 30,8 / 58,0. Deux sources officielles, deux méthodes, un même résultat.
- Le retard français n'est pas où on le croit. Les entreprises de 50 à 249 salariés sont au niveau européen (30,8 contre 30,4) ; c'est la tranche des moins de 50 qui décroche, à 15,0 contre 23,1 en Allemagne.
- L'adoption n'est pas passée de 18 à 26 % : ce sont deux enquêtes, pas deux dates. C'est l'échantillon contenant les plus petites entreprises qui affiche le chiffre le plus élevé — le signe qu'on compare deux questions, et non deux années.
- Les quatre enquêtes s'accordent sur un seul point, et c'est le plus utile : 55 % des dirigeants déclarent utiliser l'IA générative mais 17 % s'en servent régulièrement, et 1 % la citent comme la solution avec laquelle ils exploitent les données de leur entreprise. L'usage est réel, et il est superficiel.
Vous cherchez combien d'entreprises françaises utilisent l'intelligence artificielle. Vous trouvez 18 %. Puis 26 %. Puis 55 %. Puis 23 %.
Les quatre chiffres portent sur la même période. Les quatre viennent d'institutions sérieuses : l'INSEE, la Direction générale des entreprises, Bpifrance, la Banque de France. Aucun n'est faux.
Ils ne comptent simplement pas la même chose, et personne ne le précise au moment de citer le chiffre. Voici ce que chacun mesure, lequel prendre selon votre question, et le seul point sur lequel les quatre s'accordent.
| Le chiffre | Qui | Sur qui | La question posée |
|---|---|---|---|
| 18 % | INSEE, enquête TIC 2025 | 11 000 entreprises, 10 salariés et plus | Avez-vous déployé au moins une technologie d'IA ? |
| 26 % | Baromètre France Num 2025 (DGE) | 11 021 entreprises, TPE comprises | Utilisez-vous des solutions d'IA, notamment de génération de texte, de voix ou d'image ? |
| 55 % | Baromètre semestriel Bpifrance Le Lab – Rexecode | 4 722 TPE-PME, fin 2025 | Recourez-vous à l'IA générative ? |
| 23 % | Banque de France, Bloc-notes Éco n° 451 | entreprises françaises, comparées à onze autres pays de la zone euro | En faites-vous un usage modéré ou important ? |
Quatre champs différents, quatre questions différentes, quatre seuils différents. L'écart entre 18 et 55 n'est pas un désaccord entre statisticiens : c'est la distance entre « avoir déployé une technologie » et « y avoir touché ».
Mise à jour du 29 septembre 2026 : un cinquième chiffre, 67 %
Depuis la parution de ce billet, la Banque de France a publié une seconde mesure. Début 2026, 67 % des entreprises de 20 salariés et plus déclarent utiliser l'IA générative, sur environ 7 000 entreprises interrogées. Elle précise que cet usage est « principalement limité ou expérimental ».
Ce chiffre ne contredit aucun des quatre autres. Il compte tout usage de l'IA générative, même expérimental, dans des entreprises d'au moins 20 salariés, et le commerce n'est pas interrogé. La même enquête mesure ce que ces entreprises en retirent, et nous l'avons détaillé dans l'IA rapporte-t-elle aux entreprises françaises ?.
18 % — l'INSEE, et le seul chiffre qui se décline par taille
L'INSEE publie le chiffre de référence : enquête TIC-entreprises 2025, 11 000 entreprises de 10 salariés ou plus, réponse obligatoire. C'est de la statistique publique, pas un sondage de fournisseur.
Le total est de 18 %, en hausse de 8 points sur un an. Mais ce n'est pas le total qu'il faut retenir, c'est la phrase qui le décompose :
« L'usage de l'IA reste très lié à la taille de l'entreprise, du fait des coûts fixes d'adoption : les entreprises de moins de 50 salariés (qui représentent 85 % du champ de l'enquête) l'utilisent deux fois moins souvent que celles employant de 50 à 249 salariés (12 % du champ de l'enquête), et presque quatre fois moins que celles de 250 salariés ou plus (respectivement 15 %, 31 %, et 58 %). »
Retenez ces trois nombres et oubliez le total. Aucune entreprise n'a la taille moyenne, et « 18 % des entreprises françaises » ne dit rien à un dirigeant qui veut savoir où en sont ses pairs. Une entreprise sur six en dessous de 50 salariés, une sur trois entre 50 et 249, près de six sur dix au-delà de 250. Voilà la phrase utile.
L'INSEE nomme la cause dans la même phrase, et elle mérite qu'on s'y arrête : les coûts fixes d'adoption. Ce n'est ni un problème de conviction ni un problème de compétence, c'est un problème de seuil. Ce qu'il faut dépenser pour commencer ne dépend pas de la taille de la maison ; ce qu'on en retire, si.
Eurostat refait la mesure, et tombe à la décimale
Un chiffre isolé se discute. Deux instruments indépendants qui donnent le même résultat, beaucoup moins. Le jeu de données Eurostat isoc_eb_ai compte, pour 2025, les entreprises utilisant au moins une technologie d'IA sur sept :
| Entreprises utilisant au moins une technologie d'IA, 2025 | 10–49 | 50–249 | 250 et + |
|---|---|---|---|
| Union européenne (27) | 17,0 % | 30,4 % | 55,0 % |
| France | 15,0 % | 30,8 % | 58,0 % |
| Allemagne | 23,1 % | 35,6 % | 57,0 % |
15,0 / 30,8 / 58,0 contre 15 / 31 / 58. Deux institutions, deux méthodes, le même résultat. Sur ce point précis, la mesure est solide.
Elle déplace aussi le retard français là où on ne l'attend pas. Les entreprises françaises de 50 à 249 salariés sont au niveau européen — 30,8 contre 30,4. Le décrochage est dans la tranche des moins de 50 salariés : 15,0 en France contre 17,0 dans l'Union et 23,1 en Allemagne. Le retard français, sur cette mesure, est un retard des petites entreprises.
Une limite à connaître avant de s'en servir : Eurostat ne publie aucune donnée française sur les freins à l'adoption en 2025 — ni le coût, ni le manque de compétences, ni la qualité des données. L'Allemagne et l'agrégat européen en publient. Si vous lisez quelque part un « frein cité par les entreprises françaises selon Eurostat », il ne vient pas de là.
26 % — France Num, et le rapprochement qu'il ne faut jamais faire
Le Baromètre France Num 2025, publié par la Direction générale des entreprises et réalisé par le Crédoc auprès de 11 021 entreprises, mesure autre chose :
« Plus d'une entreprise sur 4 (26 %) utilise des solutions d'intelligence artificielle, notamment de génération de texte/voix/image, cette proportion a doublé depuis l'an dernier (13 % en 2024). »
Et voici l'erreur que tout le monde commet : écrire que l'adoption est passée de 18 à 26 %. Ce ne sont pas deux dates, ce sont deux enquêtes. L'INSEE interroge les entreprises de 10 salariés et plus sur des technologies déployées ; France Num inclut les entreprises sans salarié et demande si l'on utilise des solutions d'IA, notamment de génération de texte — un dirigeant qui se sert de ChatGPT gratuit répond oui, et il a raison de répondre oui.
Le signe qui devrait alerter à chaque fois : c'est l'échantillon contenant les plus petites entreprises qui affiche le taux le plus élevé. Quand une enquête sur une population moins équipée donne un chiffre plus haut, ce n'est pas la population qui a changé, c'est la question.
Le chiffre le plus intéressant de ce rapport n'est d'ailleurs pas le 26 %. C'est le 1 % que les mêmes 11 021 entreprises donnent, une trentaine de pages plus loin, quand on leur demande avec quelles solutions elles exploitent les données de leur entreprise. Nous lui avons consacré un billet entier : 26 % utilisent l'IA, 1 % l'ont mise au travail.
55 % — Bpifrance, et la seule série temporelle disponible
Le Baromètre semestriel de Bpifrance Le Lab et Rexecode, sur 4 722 TPE-PME, donne le chiffre le plus élevé des quatre et le seul historique homogène :
« Le recours à l'intelligence artificielle générative continue de progresser au sein des TPE-PME. 55 % déclarent l'utiliser, contre seulement 31 % fin 2024 et 15 % fin 2023. 17 % y ont même recours régulièrement (+11 points sur un an). »
15 % fin 2023, 31 % fin 2024, 55 % fin 2025. C'est la série à citer quand on a besoin d'une tendance, parce que c'est le même instrument aux trois dates. Une tendance construite en prenant un point chez l'INSEE et le suivant chez France Num ne mesure que l'écart entre deux questionnaires.
Et la seconde phrase compte autant que la première. 55 % déclarent utiliser l'IA générative, 17 % s'en servent régulièrement. L'usage déclaré vaut trois fois l'usage régulier. Le même rapport, dans la même phrase, mesure à la fois l'ampleur de l'adoption et sa minceur.
23 % — la Banque de France, et un frein qui n'est pas celui qu'on répète
Le dernier chiffre est le plus sévère, et c'est le seul qui compare la France à ses voisins sur la même enquête, menée dans douze pays de la zone euro :
« Les entreprises françaises déclarent une adoption de l'IA significativement plus faible que leurs homologues de la zone euro. Cet écart ne s'explique ni par la taille des entreprises ni par la composition sectorielle. Bien qu'elles soient moins susceptibles de citer un manque de compétences en IA, elles mentionnent plus souvent les données, la vie privée et les préoccupations éthiques comme obstacles. »
Deux choses à en tirer, et la seconde est la plus utile.
La première : sur un seuil d'usage modéré ou important, la France est à 23 %, contre 39 % dans la zone euro. Ce n'est plus « avoir essayé », c'est « s'en servir pour de bon », et l'écart s'ouvre.
Nous avons d'abord publié ces deux valeurs avec une réserve, parce que nous n'avions pas pu ouvrir le document. Nous l'avons lu depuis. Les deux valeurs y figurent, mesurées sur 4 968 entreprises de douze pays de la zone euro, dont 625 françaises, dans l'enquête de la Banque centrale européenne de fin 2025.
La seconde retourne l'explication la plus répandue. On attribue d'ordinaire le retard français à un manque de compétences. La comparaison dit l'inverse : les entreprises françaises citent le manque de compétences moins souvent que leurs voisines, et les données, la vie privée et l'éthique plus souvent. Quiconque explique le retard français par une pénurie de talents a la meilleure source française contre lui.
Deux mesures en tension, et nous ne la tranchons pas. Eurostat place les entreprises françaises de 50 à 249 salariés au niveau européen ; la Banque de France écrit que la France décroche dans toutes les tranches de taille. Les deux ne comptent pas la même chose : Eurostat compte l'usage d'au moins une technologie sur sept, la Banque de France un usage modéré ou important. Notre lecture, et c'est une inférence entre deux instruments, pas un résultat publié par l'une ou l'autre institution : les entreprises françaises essaient presque autant que leurs voisines, et intègrent nettement moins.
Quel chiffre pour quelle question
| Votre question | Le chiffre à citer |
|---|---|
| Où en sont les entreprises de ma taille ? | 15 / 31 / 58 % par tranche (INSEE, corroboré par Eurostat) |
| L'adoption progresse-t-elle, et à quelle vitesse ? | 15 → 31 → 55 % de fin 2023 à fin 2025 (Bpifrance, série homogène) |
| Combien s'en servent vraiment ? | 17 % régulièrement (Bpifrance) et 1 % pour exploiter leurs données (France Num) |
| La France est-elle en retard ? | 23 % contre 39 % en zone euro sur l'usage modéré ou important (Banque de France) |
| Combien utilisent l'IA générative en 2026 ? | 67 % des entreprises de 20 salariés et plus, usage expérimental compris (Banque de France, début 2026) |
| Qu'est-ce qui bloque ? | Données, vie privée, éthique — pas les compétences (Banque de France) |
| Combien d'entreprises françaises en tout ? | 18 % des entreprises de 10 salariés et plus (INSEE) — à n'utiliser qu'en total, jamais en tendance |
Le seul point d'accord des quatre enquêtes
Elles divergent sur le nombre d'entreprises concernées. Elles disent toutes la même chose sur la profondeur.
France Num mesure 26 % d'usage et 1 % d'intégration dans les données de l'entreprise. Bpifrance mesure 55 % d'usage déclaré et 17 % d'usage régulier. La Banque de France mesure 23 % d'usage modéré ou important là où d'autres enquêtes comptent le double en usage tout court. L'INSEE explique pourquoi par les coûts fixes d'adoption.
Quatre instruments, quatre populations, un même résultat : l'usage de l'IA en France est réel, il progresse vite, et il reste en surface.
Ce n'est pas une critique des entreprises qui s'y sont mises. Gagner du temps sur une tâche ne demande rien de plus qu'un abonnement et un collaborateur curieux, et c'est pour cela que les taux doublent. Confier à une machine un livrable qu'un client reçoit demande autre chose : il faut lui apprendre ce que « correct » veut dire dans cette maison-là, et ce savoir n'est écrit nulle part.
C'est la ligne que mesurent, chacune à sa façon, ces quatre enquêtes. Nous avons écrit ce qu'il faut pour la franchir sur un processus précis, la réponse à un appel d'offres : l'IA sur une réponse à appel d'offres et le mémoire technique.
Les sources, et où les vérifier
- INSEE, Insee Première n° 2120, « Les technologies de l'information et de la communication dans les entreprises en 2025 », et la fiche IA de Économie et société à l'ère du numérique. Enquête TIC-entreprises 2025, 11 000 entreprises de 10 salariés ou plus, France hors Mayotte.
- Eurostat, jeu de données
isoc_eb_ai, indicateurE_AI_TANY, NACE C10-S951_X_K, unité PC_ENT, 2025. - Direction générale des entreprises, Baromètre France Num 2025, enquête Crédoc, 11 021 entreprises (3 043 PME, 7 978 TPE).
- Bpifrance Le Lab – Rexecode, Baromètre semestriel TPE-PME, 13 janvier 2026, N = 4 722.
- Bpifrance Le Lab, L'IA dans les PME et ETI françaises : une révolution tranquille, enquête auprès de 1 209 dirigeants, terrain du 15 octobre au 16 décembre 2024.
- Banque de France, Mouabbi S. & Stumpner S., « Entreprises françaises : existe-t-il un écart d'adoption de l'IA ? », Bloc-notes Éco n° 451, 28 mai 2026. Enquête SAFE de la Banque centrale européenne, quatrième trimestre 2025, 4 968 entreprises de douze pays dont 625 françaises.
- Banque de France, « L'IA s'installe dans les entreprises françaises », Bulletin de la Banque de France n° 266/1, septembre-octobre 2026. Environ 7 000 entreprises de 20 salariés et plus, enquête du 25 février au 3 avril 2026.
- Bpifrance Le Lab – Rexecode, focus IA du baromètre TPE-PME, juin 2026. 1 128 entreprises de 1 à 249 salariés, terrain du 13 au 26 avril 2026.
Nous tenons un registre des chiffres qui circulent sans source et un registre de ce sur quoi reposent nos propres affirmations. Toutes les sources ci-dessus ont été lues dans leur version primaire, chiffre par chiffre.
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